L´ENNUIE

Le vent dépose sur mon visage ce baiser qu’autres fois était magique, cette brise qui jadis était ma seule consolation depuis qu’Anayiz avait laissé grande ouverte la porte de mon cœur alors que mes passions juvéniles fleurissaient encore. On avait l’habitude de se voir au bord de la mer pour cueillir les rayons du soleil au lever du jour ayant pour appât nos deux corps entrelacés. Ces rendez-vous constituaient l’ensemble des préliminaires au moment dont on rêvait tous, nous les hommes, quand on est amoureux pour la première fois. Voyant comment les flammes de mon désir me sortaient des yeux, elle m’avait dit que c’est moi qui allais cueillir sa fleur. Tous les deux nous sommes unis par le destin, m’avait-elle fait comprendre, mais que Dieu doit mettre son grain de sel dans cette union pour qu’elle soit durable et vraie. Il fallait attendre pour le moment, car nous n’avions pas l’âge requis. Je ne rêvais que de ce moment. Je me voyais la tenir dans mes bras tout lui frayant ce chemin. Tout ce qu’elle me disait au sujet de l’église et de Dieu a eu pour effet d’augmenter la dose de cette douleur qui réclamait mon bas ventre quand je la voyais. Je la caressais chaudement dans ma tète, ce que je ne pouvais pas oser matérialiser, malgré moi, à cause de sa dévotion dans cette vieille église baptiste qui se situait à deux coins de rue de sa maison.

On se serrait l’un contre l’autre. Pour elle ce n’était qu’un geste amical, je ne l’ai su qu’après quelques temps. Pour moi c’était des avances sur le fruit interdit qui ne cessait de me hanter les nuits. Heureusement que j’avais inventé ça pour la tenir dans mes bras. Sinon j’aurais eu des regrets plus douloureux quand elle allée se refugier dans les bras de ce maudit “ti Jacques” qui est venu habiter le quartier et qui m’a chassé de son cœur ; ou encore qui m’a permis de comprendre que je n’étais qu’un figurant, que son cœur ne m’a jamais appartenu. Je n’ai jamais compris pourquoi elle le préférait à moi. Qu’est ce qu’il pouvait avoir de meilleur que moi? Maintenant que ça m’est revenu à l’idée je me rends compte combien il est difficile de le pardonner et de l’oublier. Je ne l’aime plus. Je ne peux pas l’effacer définitivement dans ma mémoire non plus. Maintenant elle vit au-delà de l’horizon, à mille lieux de notre village, croupissant, comme moi dans la misère, loin de son idéalisme chrétien qu’elle a perdu le jour même de sa défloration par ce satané “ti Jacques” qui est dans l’au delà avec sa bande de gangsters qui terrorisait les gens depuis Mariani jusqu’à Darbone, et qui lui a laissé plein de gosses en héritage. Elle est responsable de huit bouches qui réclament de quoi croquer, pourtant elle ne fait rien. Pas de boulot. Elle vit seulement des faveurs du père Gary qui lui demnde en retour quelques services qui vont de lui faire la lessive jusqu’a lui donner des massages lui procurant soulagement contre la fatigue de ne rien faire: puisque ses deux vicaires, le père Azor et le père Rocheny se partagent les tâches paroissiales contre leurs grés. Ce dernier service se termine, le plus souvent, en partie de jambes en l’air. Elle n’était pas catholique. Aujourd’hui sa pudeur ne l’est guère. Il ne faut pas la juger. Chacun gagne sa vie comme il peut. Moi je suis resté chez moi, sans bouger d’un pouce depuis ma naissance. Je me suis dédié à faire rendre tout son jus le seule bien que m’a laissé papa. C’est ce lopin de terre qui, jusqu’à aujourd’hui, a su répondre à mes besoins. Elle au moins ne m’a jamais blessé ni abandonné. Au contraire elle endure quotidiennement le poids de mes colère et douleurs quand je la laboure. C’est elle qui m’a toujours aimé peut être.

Je n’ai pas rentré chez moi hier soir. Tout est différent sans Voilette. Elle luisait à mes yeux même dans la noirceur la plus épaisse. Depuis que je l’avais rencontré ma vie avait pris un tournant magique. Je riais à chaque instant. Je pouvais percevoir les étoiles en plein jour, cachées derrière le grand luminaire qui tente de les chasser quand c’est lui qui préside le ciel. J’étais joyeux comme un enfant à qui on venait de faire la promesse des cadeaux de noël, présents qu’il n’aura pas bien entendu, tout en ignorant ce détail. Ce sont ces derniers qui débordent d’avantage de joie. On dirait que l’espérance possède une façon bien étrange de donner du plaisir.

Anayiz n’était plus qu’un souvenir des âges voisins du matin de ma vie qu’elle avait chassés d’un revers de la main. Tout se déroulait très bien avec elle quand soudain elle est venue me raconter son rêve d’une vie meilleure dont la réalisation consiste à me dépouiller de mon unique arme de combat contre la famine pour qu’elle puisse laisser ce pays maudit. J’étais disposé à me défaire de mon unique gagne pain. Mais mon frère qui vit dans la capitale, ce “pitit deyò” que mon père a eu durant ses multiples voyages non justifies à Port-au-Prince,  nous est à tous d’une aide on ne peut plus précieuse: il est le seul de la famille à se familiariser avec les lettres. Sans lui je serai dans la rue avec pour seul soulagement mon chagrin.

Lorsque je suis allé le demander de me chercher quelqu’un qui puisse avoir un intérêt pour le demi carreau de terre qui m’a vu naitre et qui a toujours pris soin de moi, il m’a dit, en sachant pourquoi le voulais la vendre: “Ecoute mon frère, cette femme ne t’aime pas. Je pense qu’elle ne t’a jamais aimé. Sinon crois moi elle n’aurait pas pensé à voyager toute seule puisque par amour on est sensible, non à notre condition de vie en premier sinon à celle de l’être aimé ». Comment est-ce possible qu’il ait pensé que cette femme qui a partagé le même lit que moi, ce lit fatigué de voir tant d’années et de prêter son service à tant de générations? C’est drôle de se rendre compte que les gens, plus ils lisent, moins ils sont sensibles.  Papa avait rasions de dire souvent que si  nos politiciens savaient moins lire, ils seraient plus attentifs aux maux de ce peuple et ainsi ils seraient plus réceptifs à leurs cris de secours dans la mesure du possible. Il n’a pas réussi à me convaincre, mais il était le seul à pouvoir réaliser ce que je voulais en raison de son amitié avec la lecture et de son rôle de gardien de nos documents fiscaux. Je n’ai pas eu le choix de me laisser faire. Maintenant que tu es loin de moi Violette,  j’ai plus envie de la garder: sans toi elle ne sert à rien.

La brise pénètre dans ma gorge et me dévoile le goût de la mort que je poursuis, car j’ai peur de tenir dans mes mains mon cœur déchiré et de le regarder. J’essaie de noyer mon chagrin dans du “sen Michel“. On dit que l’alcool est la meilleure compagnie des âmes tourmentées, des entrailles déchirées par la douleur. Mais mon amertume est si grande qu’elle refuse tout soutien. Je bois depuis des jours et je ne cesse de pleurer. Qu’est ce que tu serais en train de faire Violette? Ou te caches-tu ma belle nèges? Encore un autre jour sans l’odeur de ton parfum sur ma peau. Violette, tu me manques, tu me manques beaucoup. Je me vois avec toi dans l’eau cristalline courir après les petits poissons comme au printemps de notre amour. Tu es parti depuis une semaine pourtant mes jours de tourment ressemblent à des siècles. C’est si dur de vivre ces moments sans toi… Violette, reviens-moi. La fleur de ma vie qui dépend de toi se fane. Je te donnerai cette terre, mon sang, ma vie mon âme et même ce que je n’ai jamais su posséder : l’Univers.

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3 Responses to L´ENNUIE

  1. Adonis Fabiola says:

    Ah c’est jolie, m’ais quel chagrin de Violette!!! J’attends la suite pour savoir si la belle Violette est de retour. Merci

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  2. Adonis Fabiola says:

    Lolllll of course!

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